Dans 10 à 15 ans, nos agriculteurs n’auront plus où cultiver si…, prévient un ministre guinéen
Tout en assurant que 70 % des dossiers en cours dans les tribunaux guinéens concernent des questions foncières, le ministre de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire, chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État, alerte sur l’occupation du sol.

‘’Dans les tribunaux, sur 100 dossiers en cours, 70 % reposent essentiellement sur les questions foncières. Et aujourd’hui, nous sommes face à un drame dans notre pays. Si nous ne le freinons pas, dans 10 ans, 15 ans, nos agriculteurs ne sauront plus où cultiver à cause de la création de quartiers qui ne devraient pas exister dans les domaines agricoles. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir, dans la plupart de nos régions et préfectures, des quartiers se créer sans respecter non seulement le plan d’occupation du sol, mais aussi le règlement général d’urbanisme. Aujourd’hui, n’importe quel agriculteur peut se voir dépossédé de son terrain agricole pour en faire des parcelles, parfois en complicité avec les cadres du ministère de l’urbanisme et de l’habitat, à travers les sections Domaines et cadastres dans les directions préfectorales, ou parfois par des autorités administratives qui ne sont pas à la hauteur, ou encore par des élus locaux’’, déplore Mory Condé.
Dans les communes rurales de Wonkifong et de Kouria, souligne le ministre de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire, chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État, ‘’des zones agricoles ont été carrément spoliées sous les yeux de tout le monde. La conséquence, c’est que, même si le ministère de l’agriculture, dans son programme d’amélioration de la sécurité alimentaire, prévoit d’accompagner des agriculteurs, parfois, il n’y a plus de terres disponibles pour travailler’’.
Dans les années passées, dit-il, ‘’les législateurs et les gouvernants ont décidé de mettre en place la Chambre nationale d’agriculture comme instrument servant de pont entre le ministère de l’Agriculture et les producteurs. Aujourd’hui, l’essentiel du rôle de cette Chambre nationale d’agriculture se résume à la gestion des engrais. En dehors de cela, ils n’ont pas d’autres leviers pour accompagner le monde agricole, car la plupart des terres agricoles, qui étaient dans le portefeuille de l’État, ont été totalement spoliées au profit des individus qui ont procédé à la parcellisation et qui se sont éloignés du secteur agricole’’.

Sinon, fait-il remarquer, ‘’un pays comme le Bangladesh, qui n’a que 6,5 millions d’hectares de terres agricoles, nourrit presque toute l’Afrique et une partie du Moyen-Orient. La Guinée, selon les statistiques, dispose de plus de 10 millions d’hectares de terres agricoles. Aujourd’hui, nous avons du mal à nourrir même la moitié de notre pays. Et tous les jours, les terres sont spoliées. C’est pourquoi, nous avons demandé à nos services de conservation foncière de ne plus enregistrer de terrains agricoles sans un écrit officiel du ministère de l’agriculture et un avis motivé de la Chambre nationale d’agriculture pour protéger le patrimoine agricole dont dispose notre pays’’.
Boussouriou Doumba
