mardi, juin 2, 2026
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Guinée : Plus de 40 milliards GNF détournés au détriment des agriculteurs

Le Fonds de Garantie Partielle de Portefeuille (GPP), mis en place par le Gouvernement guinéen avec l’appui de la Banque mondiale dans le cadre du Projet de Renforcement de la Compétitivité des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME), avait une mission claire : faciliter l’accès au financement des entreprises, notamment celles évoluant dans le secteur agricole.

Mais derrière cette noble ambition, se cacherait l’un des plus importants mécanismes présumés de détournement de fonds publics de ces dernières années.

Selon plusieurs documents obtenus par notre rédaction, plus de 40 milliards de francs guinéens destinés aux appels en garantie ont été détournés à travers un système impliquant la Direction générale du Fonds de Garantie et certains responsables du Crédit Rural de Guinée.

Un mécanisme conçu pour soutenir les entreprises rurales.

Le Fonds de Garantie Partielle de Portefeuille a été créé pour partager les risques entre les institutions financières et les entrepreneurs. Concrètement, le mécanisme couvre jusqu’à 50 % des crédits accordés aux entreprises, permettant ainsi aux banques de financer davantage de projets considérés comme risqués.

Dans le cadre du programme agricole, l’objectif était d’accompagner les entreprises rurales, les coopératives et les producteurs afin de favoriser leur accès au crédit, stimuler la production agricole et lutter contre la pauvreté.

Mais sur le terrain, les résultats peinent à être visibles.

Des millions de dollars transférés vers le Crédit Rural

D’après les documents consultés, plusieurs courriers signés par le Directeur général du Fonds de Garantie ont été adressés au Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) pour solliciter le transfert de plusieurs millions de dollars vers les comptes du Crédit Rural de Guinée.

Selon nos informations, avant l’opposition de la Banque centrale à certains transferts en devises, une partie de ces fonds ont servi à alimenter des opérations spéculatives sur le marché parallèle des changes.

Le mécanisme consistait à revendre les dollars obtenus à un taux supérieur au taux officiel, générant d’importantes plus-values estimées à plusieurs milliards qui a été partagées entre plusieurs responsables impliqués dans l’opération.

Des entreprises agricoles introuvables

Plus grave encore, plusieurs documents à notre possession évoquent l’existence de dossiers de financement attribués à des entreprises agricoles fictives,dont les activités restent difficiles à vérifier sur le terrain.

Selon ces mêmes sources, des sociétés présentées comme bénéficiaires des garanties n’exercent aucune activité réelle dans les zones rurales concernées.

Ces structures ont servi de support pour justifier l’octroi de crédits importants avant la disparition des fonds.

Pendant ce temps, de véritables exploitants agricoles continuent de faire face à d’importantes difficultés d’accès au financement.

Pourtant, selon les chiffres officiels, plusieurs entreprises ont bénéficié du mécanisme de garantie dans certaines zones.

Le Crédit Rural, principal bénéficiaire du dispositif

Les documents consultés révèlent qu’en 2023, le Crédit Rural de Guinée a concentré à lui seul près de la moitié des garanties accordées dans le cadre du programme.

Sur un volume global de 65 milliards GNF garantis, environ 28 milliards GNF ont été mobilisés par le Crédit Rural.

À l’inverse, d’autres banques partenaires telles que Vista Bank Guinée, BCI Guinée ou encore BGI Guinée n’ont bénéficié que de montants nettement inférieurs, leurs procédures internes imposant des contrôles plus rigoureux avant l’approbation des dossiers empêchent le Directeur Mamoudou Mara de collaborer avec ces banques.

Entre mai et décembre 2023, plus de 38 milliards GNF ont ainsi été transférés vers les comptes du Crédit Rural avant d’être redistribués dans des projets dont plusieurs restent aujourd’hui difficiles à localiser ou à identifier.

Pour justifier ces décaissements massifs et les appels en garantie, le Crédit Rural de Guinée invoque dans plusieurs courriers des difficultés de remboursement liées aux mauvaises récoltes, à la baisse des prix des produits agricoles et à la conjoncture économique.

Dans une correspondance , le Directeur général du Crédit Rural sollicite ainsi le paiement de plus d’un milliard de francs guinéens au titre d’impayés concernant 19 crédits agricoles et MPME.

Une explication qui soulève toutefois de nombreuses interrogations au regard de l’ampleur des montants mobilisés et de l’absence de résultats visibles sur le terrain.

Plusieurs sources estiment que ces arguments auraient servi à justifier des appels en garantie successifs permettant la sortie de fonds publics sans contrôle rigoureux de l’existence réelle des bénéficiaires ni de l’exécution effective des projets financés

L’éviction des mécanismes de contrôle

Nos enquêtes pointent également du doigt à un affaiblissement progressif des mécanismes de contrôle.

Le cas du Directeur des Risques, Mamadou Bella Diallo, est particulièrement cité. Chargé d’évaluer la solidité des dossiers et de vérifier les appels en garantie avant leur validation, il été licencié par le directeur général Mamoudou Mara .

Le licenciement de ce Directeur des Risques a considérablement facilité les manœuvres de M. Mara. En supprimant ce mécanisme de contrôle, il pouvait faire valider et payer des dossiers d’entreprises fictives ou dépourvus de garanties solides, afin de parvenir à ses fins et de faciliter la sortie des fonds.

Depuis son départ, le poste est resté vacant, privant ainsi l’institution d’un maillon essentiel dans le processus de contrôle des risques.

Selon plusieurs sources interrogés, une grande partie du personnel ignore aujourd’hui les critères réels d’attribution des garanties, les décisions stratégiques étant concentrées entre les mains d’un cercle restreint de responsables.

Une direction contestée

Les critiques visent également la gouvernance de l’institution.

Minée par une gestion cavalière opaque et marquée par l’absence de transparence, cette institution stratégique a été plongée dans un véritable coma administratif et financier.

Le Fonds de Garantie des Prêts aux Entreprises est privé depuis longtemps de Directeur des Ressources Humaines, de Directeur des Risques et même de comptable. Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du Directeur général, Mamoudou Mara ,sa DFC madame Sanogo Diaraye Diallo et son DRH Hammady Sow pourtant absent mais gère sa direction à distance.

Les autres cadres de l’institution sont réduits au rôle de simples figurants, sans réelle implication dans les décisions stratégiques ni dans la gestion quotidienne de l’établissement.

Bien qu’il soit sous contrat avec Rio Tinto, le DRH Hammady Sow continue de percevoir son salaire au Fonds de Garantie jusqu’à ce jour.

Ces cadres dénoncent notamment également la nomination de certains responsables à des postes stratégiques malgré des interrogations sur leurs qualifications techniques.

Le recrutement de l’actuelle directrice financière madame Sanogo Diaraye Diallo , précédemment collaboratrice du Directeur général à l’AGUIPEX , est régulièrement cité parmi les décisions controversées ayant provoqué le départ du comptable expérimenté.

Cette dernière est considérée comme la principale complice du détournement présumé orchestré par le Directeur général, un mode opératoire qu’elle avait déjà pratiqué lors de son passage à l’AGUIPEX.

Le Président du Conseil d’Administration ainsi que le Directeur des Ressources Humaines sont également mentionnés dans plusieurs dénonciations internes portant sur la gestion de l’établissement.

Des questions qui attendent des réponses dans notre prochaine publication

Combien d’entreprises ont réellement bénéficié des garanties accordées ?

Combien de projets agricoles existent effectivement sur le terrain ?

Pourquoi le poste stratégique de Directeur des Risques est-il resté vacant après le licenciement de son titulaire ?

Quel usage a été fait des dizaines de milliards de francs transférés au Crédit Rural ?

Autant de questions auxquelles les autorités de contrôle, la Banque centrale, l’Inspection générale d’État ainsi que les partenaires techniques et financiers devront répondre afin d’établir la vérité sur la gestion du Fonds de Garantie.

Abdoul latif Diallo, Journaliste d’investigation

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